Now’s the time – 5 solos de piano

S’il y a bien quelque chose de formidable dans le jazz, c’est sa capacité à se renouveler sans cesse au travers de ses interprètes. Tout le monde sait bien que le jazz swing des années trente n’a pas grand-chose à voir avec les expérimentations free d’Anthony Braxton par exemple. Pourtant, il y a toujours quelque chose en commun, que ce soit au niveau du son, ou du langage, de l’instrumentation, ou encore d’une certaine attitude musicale. On sent toujours une filiation, même lointaine.

Je pense que la musique est en mouvement, et que nommer trop les choses les figent. Et c’est un peu antinomique de l’improvisation. Après bien sûr, on apprécie les choses pour différentes raisons, et il est important de savoir lesquelles. Mais c’est un autre débat.

Bref, tout ça pour dire que j’ai essayé de pousser la comparaison un peu plus spécifiquement en relevant 5 solos de piano sur le même morceau, tous plus ou moins de la même période (années cinquante, sauf Peterson en 1963). Et il est intéressant de remarquer la différence de jeu de chaque musicien. On sent déjà les personnalités musicales propres à chacun.

Quelques précisions supplémentaires ci-dessous, et quelques vidéos à regarder :

Jimmy Rowles

Surtout connu pour sa composition « The Peacocks », immortalisé par Stan Getz, Jimmy Rowles est un pianiste méconnu et pourtant important. Son jeu est atypique, avec une gestion de l’espace un peu « monkienne ».

Jetez une oreille sur ce concert de Milt Jackson. On remarquera au passage l’impeccable swing du regretté Duffy Jackson.

Al Haig

Surtout connu pour avoir accompagné Charlie Parker, Al Haig reste un pionnier du piano be-bop. Il a toujours été dans l’ombre de Bud Powell. Mais son jeu mérite le détour. Cristallin et limpide, Al Haig était un pianiste d’une grande classe à mon avis.

Écoutez ce disque assez connu et assez génial au demeurant. Écoutez la version de Yardbird Suite et le jeu perlé du piano.

Oscar Peterson

Pas de surprise ici, du Peterson comme on aime. Toutes les phrases sont intéressantes à travailler, l’équilibre entre blues, bop et penta est toujours magique.

Mais n’oublions pas que Peterson était un grand joueur de ballade également. Écoutez cette version incroyable de Little Girl Blue en solo. Les ré-harmonisations vont flirter avec le classique et le toucher est incroyable. (je n’ai pas vérifié le relevé de la vidéo…)

Hank Jones

Le solo est intéressant, car c’est la seule version un peu lente et en ré bémol ! Je l’ai mis dans ce .pdf car Hank Jones joue beaucoup de phrases « dédoublés », en double-croches. Il a un son vraiment particulier au piano, que ce soit à la main gauche avec très souvent des dixièmes et des accords riches, ou bien à la main droite où il alterne mélodie, éléments issus du stride, et phrasés plus moderne. Définitivement un génie du piano jazz.

Regardez ce concert fabuleux en solo. Humilité, humour, classe, et grand piano. Rien à ajouter…

John Lewis

John Lewis est sans doute le pianiste que je connais le moins bien finalement dans cette liste. Pourtant l’un des plus connu du grand public ! J’aime ce solo pour le parallélisme aux deux mains, et la clarté du discours, habituelle chez Lewis. Ce solo me semble une bonne première approche du jeu en parallèle.

Écoutez cette version live de Django, une de ses plus célèbre composition. Le solo de piano est d’une grande finesse.

J’espère que cet article vous aura donné envie d’aller écouter ces artistes un peu plus en profondeur. Bon travail et régalez-vous !

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